Traverser la fragmentation, bâtir la résilience, s’allier au vivant
Une association née d’une traversée
Alafia n’est pas une réponse théorique à une problématique observée de l’extérieur. Elle naît d’un appel — celui d’une lignée, d’une mémoire, d’un fil qui relie une terre d’origine, Ouidah, à une terre d’accueil, Fribourg.
Cet appel s’enracine dans une traversée personnelle : celle d’une femme qui a connu, dans sa propre chair, la blessure — le corps en souffrance, les silences imposés, les épreuves traversées seule. C’est de ce vécu, transformé, digéré, mis au travail sur soi pendant des années, que naît la conviction que le corps des femmes porte une mémoire — une mémoire que la violence peut blesser, mais que le rite, le geste et la nature peuvent aider à retisser.
Ouidah est une terre d’origine — inscrite dans le sang, du côté maternel. Fribourg est une terre de vie, depuis 1997. C’est là qu’a mûri, depuis 2008, une pratique de thérapeute et qu’est né l’Espace Oshoun. Alafia Ouidah-Fribourg porte ce nom parce qu’il est, très concrètement, une histoire vécue — un pont traversé depuis toujours, entre deux terres, deux mémoires, deux savoirs. (→ Pour en savoir plus, découvrir l’univers de l’Espace Oshoun.)
C’est cette légitimité incarnée — vécue avant d’être théorisée — qui fonde aujourd’hui la volonté de transmettre et d’accompagner d’autres femmes sur ce même chemin.
Alafia s’adresse à toutes les femmes touchées, d’une manière ou d’une autre, par la violence — qu’elles l’aient subie dans leur corps ou leur histoire, qu’elles la portent en elles sans toujours pouvoir la nommer, ou qu’elles en soient venues, par la blessure, à la retourner contre elles-mêmes ou contre d’autres. Car la violence ne s’arrête pas toujours à celle ou celui qui l’inflige en premier : elle se love parfois dans le silence, dans le corps, dans une lignée — et peut ressurgir sous des formes détournées.
C’est à toutes ces femmes qu’Alafia s’adresse : non pas pour juger la forme que la blessure a prise, mais pour offrir un chemin de reconnexion à soi, où le corps retrouve sa dignité et la mémoire retrouve un sens.
Quatre piliers, un chemin
Le rite comme passage. Le passage d’un état à un autre — de la blessure à la reconstruction, de l’effacement à la présence — ne se fait pas seulement par la parole ou la pensée. Il se fait par le corps, le geste, le symbole, la connexion à la nature. Le rituel n’est pas un folklore : c’est un outil de transformation, ancré dans des traditions vivantes, africaines et universelles à la fois.
Devenir soi. Guérir n’est pas seulement « aller mieux » : c’est un chemin d’intégration, une rencontre avec ses propres ombres et ses propres forces, où la femme se réapproprie les parts d’elle-même que la violence avait dissociées ou fait taire.
L’écoute du vivant. Il ne s’agit pas de forcer la guérison, mais de l’accompagner — de créer les conditions pour qu’elle advienne, dans le respect du rythme de chaque femme, à l’écoute du corps et de la nature comme sources de sagesse.
De ces qtrois piliers découle un quatrième, plus large : le lien entre le corps de la femme et le corps de la Terre. Tous deux profondément féminins, porteurs de vie, et trop souvent maltraités sans considération pour ce qu’ils donnent. Soigner le corps d’une femme, c’est aussi, symboliquement et concrètement, réparer ce lien — une conscience que portent depuis toujours les traditions béninoises et vodun, où le respect du féminin et du sacré de la nature sont intimement liés.
Pourquoi « Alafia » ?
Alafia signifie paix, santé, harmonie — un mot qui, dans plusieurs langues d’Afrique de l’Ouest, désigne cet état d’équilibre entre soi, les autres et le monde. Il porte, à lui seul, toute la philosophie de l’association : la guérison comme retour à l’harmonie, non comme simple absence de symptôme.
La voie de l'union
Alafia porte un nom de projet à son image : Ouidah-Fribourg, la voie de l’union. Une voie qui relie le corps à l’esprit, le féminin au masculin, l’humain à la Terre — et chacune, chacun, à sa propre totalité.
Cette union se vit aussi entre deux terres et deux savoirs : la Suisse et le Bénin, chacune ayant quelque chose à apporter et à recevoir de l’autre. Ce que nous construisons aujourd’hui à Fribourg, à l’Espace Oshoun, est le socle d’un projet plus vaste : faire naître, à terme, une structure d’accueil à Ouidah puis à Natitingou, pensée comme un espace d’échange Nord-Sud — où les savoirs rituels, corporels et thérapeutiques circuleront dans les deux sens, sans hiérarchie entre les mondes.
Qui sommes-nous
Alafia — Ouidah-Fribourg, la voie de l’union est une association à but non lucratif au sens des articles 60 et suivants du Code civil suisse, fondée à Fribourg par Olaïtan Iyabumi Lalèyê, praticienne et fondatrice de l’Espace Oshoun.
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